Témoignage, inspiré d'une histoire vraie: "se sentir différent"

Cette jeune fille nous parle de comment elle a vécu et vit encore avec ses différences neurodivergentes. Elle aborde le sujet avec sensibilité et profondeur pour partager avec vous son quotidien, ses émotions, ses tentatives d'intégration, sa perte et sa réconciliation.
Se sentir différent: que vit-on au quotidien ?

- “Pourquoi j’ai l’impression de ne pas être comme les autres?”
Ce que je pensais, ce que je ressentais, ce dont j’avais peur.
- « Elle est un peu bizarre non? »
Ce que j’entendais, ce que l'on me disait, ce qu’on me faisait sentir.
Je suis différente, je l’avais vite compris, et on me l’avait vite fait comprendre aussi.
Mais quel était le problème à être différent? Ce n’est pas le but? Être unique, avoir chacun nos particularités, nos qualités et nos défauts, notre façon de penser, une vision du monde aux facettes infinies. Je pensais que partager nos différences était ce qui rendait le monde plus beau, ce qui nous permettait d’évoluer et de créer une identité faite d’expériences. Il faut croire que je me trompais.
Durant de nombreuses années, on a parlé de diversité et d’identité, mais aussi d’appartenance. Mais quel est le rapport me direz-vous? Vous comprendrez un peu plus tard.
- “Maman, pourquoi j’ai l’impression de ne pas être comme les autres? Je ne comprends pas pourquoi ils me trouvent bizarre.”
- “ Tu es différente, mais ça ne veut pas dire que tu es bizarre, ils ne comprennent pas encore.”
Que voulait-elle dire par « ils ne comprennent pas encore » ? Qu’avaient-ils à comprendre ? Et quand comprendraient-ils ?
Surprise : je n’ai jamais eu la réponse à ces questions. Au fil des années, j’ai compris que les réponses étaient en moi, il ne s’agissait pas des autres, mais de moi. Pendant longtemps, j’ai détesté être différente, devoir apprendre à m’adapter, parfois allant jusqu’à ne plus savoir qui j’étais, dans l’espoir d’un jour être acceptée.
Les "outsiders" de la vie

Si vous aussi, vous vous êtes, un jour, senti comme le vilain petit canard, qu’on vous a fait vous sentir bizarre, moins bien que les autres, mis à l’écart, alors cet article pourrait vous intéresser. Mais je vous préviens, il n’a rien d’ordinaire, il n’est pas comme les autres.
Vous êtes encore là ? Alors bienvenue au club des “outsiders”, et plongez dans un monde où la définition de normalité n’existe pas.
Que se soit en primaire, au collège, au lycée, à la fac, au travail, ou même dans le cercle privé, vos différences ont été pointées du doigt, vous obligeant peut-être à vous remettre en question, à façonner une personnalité capable de s’adapter: vous deviez arrêter d’être différent. Ces mécanismes ont déterminé votre vision du monde, créant de l’insécurité et vous faisant sûrement vous sentir seuls.
La différence dans l'histoire
Petit point d’histoire: on dit que l’espèce humaine est conditionnée à vivre en groupe, c’est ce qui lui permet de survivre. Au fil des siècles, il a été prouvé que ceux sortant des normes mourraient plus vite, à l’époque de la préhistoire, dans l’antiquité, au Moyen-Âge, et jusqu’à aujourd’hui.
Même l’espèce animale fonctionne ainsi, c’est inscrit dans notre héritage. On nous l’apprend d’ailleurs dès le plus jeune âge et même si vous avez oublié une grande partie des cours d’histoire, vous vous souvenez peut-être de ces cours où les cases étaient au centre du système social. Depuis la nuit des temps, la différence est considérée comme un défaut, quelque chose de mauvais, ce qui a changé c’est la manière de l’exprimer.
Être différent dans les relations sociales

- « Pourquoi tu fais toujours la fille plus intelligente, si tu sais tout pourquoi t’es là? En plus tu dis oui je sais, mais tu réponds jamais, t’es trop bizarre, je suis sûr tu fais semblant. »
- « Mais pourquoi t’écoute tout ce que ta mère te dit, tu sais elle a pas toujours raison, elle fait ça juste pour ne pas te faire de peine, faudrait qu’elle arrête de te surprotéger et t’apprendre ce que c’est la vraie vie. »
- « Tu ne devrais pas t’habiller comme ça, ça fait vulgaire sur toi avec tes seins. »
- « Arrête de pleurer et de te plaindre, y’a pire dans la vie, franchement tu fais pitié. »
- « Ne t’étonne pas que les gens ne t’aiment pas, tu fais aucun effort, on dirait tu le fais exprès. »
- « Moi aussi je suis par là, mais ça va je suis pas mort, t’abuses, t’exagères tout le temps. »
- « Vous n’arriverez à rien dans la vie avec cette attitude, le monde est cruel c’est comme ça, vous devez vous adapter et accepter de ne pas pouvoir faire ce que vous voulez. »
- « Vous devriez être contente et prendre conscience de la chance que vous avez de vivre dans cette société. »
Voilà le type de remarques que j’ai pu avoir, elles viennent de personnes de tout âge, tout contexte confondu. Je n’ai jamais été acceptée pour ma personne, alors, en grandissant, j’ai essayé de trouver une façon de rentrer dans les cases en essayant de faire plaisir à tout le monde. Mais la peur prenait le dessus à chaque fois, c’est vrai après tout, comment pouvais-je croire qu’on m’aimerait un jour et que j’arriverais à trouver un endroit où on ne me reproche pas quelque chose?
Chacun avait quelque chose à redire, car peu importe qui je devenais, je restais différente, et j’ai fini par croire à tout ce qu’on me disait, à penser que c’était moi le problème. La parole d’étrangers était devenue plus importante que le reste, mes choix étaient guidés par le regard des autres et les normes. J’avais peur d’en parler, ils étaient normaux, moi différente. Puis j’ai rencontré quelqu’un, sans savoir comment, elle avait vu au travers de mon masque, et j’ai fini par lui demander:
« Maman m’a dit que c’est parce qu’ils ne comprenaient pas encore, mais je ne sais pas de quoi elle parlait, vous pensez que je serai différente toute ma vie, que je ne trouverai jamais ma place dans ce monde?».
C’est à ce moment qu’elle m’a parlé des divergences autour du corps et de l’esprit, et m’a dit qu’elle ferait tout ce qu’elle pourrait pour répondre à ma question. Elle a fini par trouver, je n’étais pas comme les autres, j’étais différente, mais parce que mon cerveau était différent. Quel soulagement! Je comprenais enfin, et je pourrais l’expliquer aux gens. Mais très vite, je me suis rendu compte que ça ne changeait rien, et qu’au contraire, je donnais raison à toutes ces personnes, je leur offrais une occasion de me mettre à l’écart.
Pour la première fois de ma vie, je rentrais dans une case, celle des “hors normes, des parias”. Mais j’allais mourir si je n’en sortais pas, c’est ce que j’avais appris, alors j’ai tout fait pour que personne ne sache que j’étais différente. Ce que je pensais être la beauté du monde était devenu mon pire cauchemar.
Le rejet de la différence

J’ai entendu parler toute ma vie, d’inclusion, d’acceptation, de diversité, mais finalement n’est-ce pas un mensonge que l’humain avait inventé pour survivre?
À l’époque, certaines femmes étaient considérées comme des sorcières et brûlées sur des bûchers, les personnes de couleurs utilisées comme esclaves, l’homosexualité considérée comme une abomination, les personnes souffrant de certaines maladies comme des erreurs de la nature, et, à une époque on parlait même de race.
La différence existe depuis toujours, et l’humain l’a toujours rejetée, grâce à certaines personnes, les choses ont évolué, et le monde a pu s’adapter. Mais la peur du jugement reste présente dans notre esprit, c’est elle qui conditionne notre survie. Elle est, de nos jours, cachée dans des détails, et malheureusement tout le monde n’a pas la chance de révolutionner son monde. Alors si la solution
n’était finalement pas d’apprendre à voir nos différences comme des outils ?
Après tout, Edward aux mains d’argent, Nemo, Dumbo, Wonder, et bien d’autres films sont la preuve qu’une différence peut faire toute la différence. On les aime pour leurs particularités, pourquoi ne pourrions-nous pas faire de même pour nous?
Petit jeu de la différence
Je vous propose un petit test:
Question 1: Aimeriez-vous vivre dans un film de Charlie Chaplin?
Question 2: Aimeriez-vous vivre dans un film de Marvel, de Disney, ou encore d’Harry Potter?
Question 3: Aimeriez-vous vivre dans un film comme Jurassic park?
Question 4: Aimeriez-vous vivre dans un un film comme Divergente, ou le Labyrinthe?
Question 5: Avez-vous répondu "oui" à une de ces questions?
Si oui, alors vous n’êtes pas un robot, mais bien humain. Encore heureux me diriez-vous, et pourtant vous avez un jour ressenti votre différence comme un poids, un boulet enchaîné à votre pied qui vous empêche d’avancer. Mais à ce que je sache, dans chacun de ces films, le scénario est basé sur une différence. Alors en quoi est-ce différent dans le monde réel?
Un peu plus d'histoire sur la différence

Reprenons notre cours d’histoire avec un voyage dans le temps.
Partie 1:
Dans la Grèce antique, les personnes handicapées, les esclaves, les étrangers et les femmes étaient considérés comme différents;
Dans la Rome antique, les esclaves, les étrangers, et les peuples conquis étaient considérés comme différents;
À l’époque des colonisations, les divers peuples et cultures étaient considérés comme différents.
Au 19/20ème siècle aux États-Unis, les afro-américains étaient considérés comme différents.
Dans les régimes totalitaires, toute personne ne correspondant pas aux critères était considérée comme différente.
Comme vu précédemment, la différence a toujours dérangé, mais parlons maintenant de personnes ayant pris ces différences comme quelque chose d’humain, qui a de la valeur.
Claudette Colvin, Rosa Parks, Martin Luther King Jr, Nelson Mandela, Harriet Tubman, ont tous agi contre le racisme et les discriminations.
Simone Veil, Marie Curie, Malala Yousafzai, Olympe de Gouges, sont toutes des femmes défiant les normes.
Josephine Baker, Christine de Pizan, Stephen Hawking, Louis Braille, Andrei Sakharov, et bien d’autres ont aussi changé leur monde à différents niveaux.
D’après cette première partie, que pensez-vous de ces personnes? Vous pensez-vous différent d’eux? Probablement que oui, et je le comprends.
La recherche de l'adaptation

Depuis toujours, j’ai cherché à plaire aux autres, à me faire accepter sans jamais trouver ma place et finissant par penser que j’étais inutile, que je valais moins qu’eux.
Et pourtant, en apparence, je suis comme tout le monde, je rentre dans les cases. Malgré ça, j’ai longtemps vécu en marge de la société, et pour cause, je ne ressemblais pas à mes pairs.
J’ai passé des années à analyser leur fonctionnement dans le but de comprendre comment m’adapter. Ça m’a rendue encore plus différente, mais je ne le savais pas encore.
Je pensais que je ne réussirais pas, je voulais changer le monde, mon monde. Que ce soit pendant la scolarité, dans le monde du travail, ou avec les autres, j’étais toujours à côté, je ne rentrais jamais dans les cases. Je me suis souvent évadée dans les livres, les séries, les films, en essayant toujours de comprendre comment le monde fonctionnait. Après des années à souhaiter vivre dans ces histoires où les rôles sont prédéfinis, à vouloir créer mon monde, à contrôler chaque aspect de ma vie, ce qui me restait en allant me coucher était les remarques que j’avais entendues. Et je comprenais que les gens me trouvaient différente, je l’étais, mais je ne comprenais toujours pas le problème. J’en ai finalement conclu, que la différence entre l’histoire et le fictif, était ce qu’on nous montrait, ce qu’on voulait voir. Je devais donc trouver un moyen d’arrêter d’être le mouton noir du troupeau.
Mais le naturel revenait au galop, alors j’ai dû trouver un autre moyen. Celui que j’avais toujours évité, le plus effrayant, le plus sombre, le plus éprouvant, celui qui nous fait sortir du lot, qui nous place sous les projecteurs, et pour cela je devais identifier ce qui me rendait différente et l’accepter. On m’a dit un jour de voir ce que je pensais être des défauts comme des outils, c’était impossible pour moi, je ne savais même pas comment faire. Puis j’ai essayé, et quelque chose a changé, je ne voyais plus mon monde en noir et blanc mais comme une toile blanche ou je pouvais y faire ce que je voulais.
Retour sur l'évolution

Partie 2 de notre voyage dans le temps jusqu’à aujourd’hui:
Mark Zuckerberg, Bill Gates, Jared Isaacman, Rihanna, Cristiano Ronaldo, Drew Weissman, Greta Thunberg, et bien d’autres encore sont connus pour leur réussite.
Ils ont tous un p’tit truc, quelque chose qui les différencient des autres, c’est ce qui fait de nous des personnes uniques avec une identité propre à chacun.
À un niveau plus proche, un membre de votre famille, un ami, un ancien camarade, une voisine, ou quelqu’un de votre entourage a sûrement lui aussi réussi quelque chose, est devenu avocat, boulanger, informaticien pour la police, militaire, coach, infirmière, prof et tout ce qui existe.
Et eux aussi ont probablement été critiqués, jugés, rejetés, parfois pris pour fous, mais ils n’ont pas lâché, ils ont appris à voir leur potentiel dans leur miroir et non plus seulement dans le regard des autres. Ils ont écouté, ils ont appris, ils ont échoué, se sont trompés, se sont relevés, ont réessayé, et ont donné du sens à ce qui était différent.
On peut souvent penser que parce qu’on rentre dans les normes notre vie sera plus simple, c’est dans nos gênes. Alors qu’en regardant l’histoire et ces fictions, on peut voir qu’une différence est parfois la clé d’une réussite. La peur est une émotion, le corps et l’esprit s’associent pour connecter toutes les informations, mais elle n’est pas une prison en béton armé dont on ne peut s’échapper. Toutes ces personnes ont eu peur aussi, elles sont humaines, et malgré la prédisposition de notre cerveau reptilien, elles ont osé et choisi de trouver un groupe, un domaine, dans lequel leur différence est appréciée.
Quelques hypothèses
Voici quelques hypothèses réalistes:
Peut-être qu’on vous a rejeté ou fait vous sentir différent parce que, plus jeune, vous préfériez lire des livres d’histoire que d’aller jouer aux lego, et peut-être que grâce à ça, vous avez obtenu un doctorat en histoire, ou obtenu un poste dans un musée réputé, ou, peut-être bien, que vous êtes devenu prof d’histoire. Et peut-être que pendant que vous étudiez l’histoire, d’autres faisaient des études dans le bâtiment, de design, et sont devenus concepteurs de jeux, ou architectes.
Peut-être qu’on vous trouvez différent parce que vous n’aimiez pas parler, et peut-être qu’aujourd’hui vous êtes écrivain et que tous ces gens lisent vos livres. Peut-être que certains sont devenus orateurs, journalistes, présentateurs radio.
Peut-être qu’on vous jugeait parce que vous aviez des idées différentes, et peut-être que vous êtes devenu philosophe, avez écrit 3 thèses, et peut-être que les autres travaillent dans un bureau en tant que chercheurs.
Petite conclusion

Vous ne pouvez pas savoir ce que la vie vous réserve, alors laissez-vous le choix, apprenez à ouvrir votre éventail de possibilités, à vous démarquer par ce qui vous anime et vous fait sourire.
Vous n’avez sûrement plus besoin de vous cacher pour éviter le bûcher, mais vous ne devriez pas non plus avoir à vous cacher d’être vous-même. Il y aura toujours un chemin pour vous, pas sans embûches, pas sans pluie, mais il existe, vous êtes votre GPS. C’est pour ça que ça a été inventé après tout.
Il y aura toujours mieux, il y aura toujours pire, mais vous avez le pouvoir de quitter la
table si vous n’êtes pas à votre place, vous n’allez quand même pas rester toute votre vie à manger avec des crocodiles si vous êtes un papillon, si?
Les commentaires sont ouverts pour partager vos expériences de différences, en toute bienveillance et dans le respect de tous.
Pour ceux qui souhaitent un coaching, c'est par ici


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